Les enfants qui jouent

Mis à jour : nov. 5

La concentration chez les enfants

Les gens me demandent souvent comment je fais (ou qu’est-ce que j’ai fait) pour que ma fille ait une aussi grande capacité de concentration.

En effet, pour son âge (2 ans) elle a un temps de concentration plus grand que la moyenne. Elle peut par exemple, jouer à la pâte à modeler pendant 45 minutes. Ou dessiner pendant 20 minutes, ou jouer au Lego, etc…

Cela épate les gens qui ont des enfants qui ne se posent pas plus que 5 minutes dans une même activité.

Je réponds toujours que je ne fais rien, mais je me suis aussi demandé si j’avais, en effet, fait quelque chose sans me rendre compte ou si c’était juste sa personnalité.

Après avoir observé d’autres parents, comment ils se comportent avec leurs enfants lorsqu’ils jouent, je suis arrivée à la conclusion que, en fait, ce n’est pas quelque chose que je fais, mais c’est juste une erreur que je ne commets pas.



L’erreur fatale

Effectivement, j’ai l’avantage des années d’expérience en tant qu’éducatrice de l’enfance, donc certaines choses pour moi semblent naturelles et évidentes, tandis que les parents ne reçoivent ni mode d’emploi, ni formation lorsqu’ils ont un enfant, ils essayent de bien faire en suivant leurs instincts et parfois ils peuvent tomber dans des pièges.

Pour la capacité de concentration des enfants, c’est un exemple assez flagrant.

Tous les enfants ont la capacité de se concentrer dans quelque chose qui les intéresse, et tout les intéresse.

Le problème est que beaucoup de parents, en voulant bien faire, peuvent détruire cette capacité naturelle.

Imaginez que vous êtes devant votre ordinateur en train d’écrire une lettre à votre gérance pour résilier votre bail. Vous êtes concentré, les mots fusent sous vos doigts, vous réfléchissez à la tournure de vos phrases, vous corrigez l’orthographe etc… soudain, votre conjoint arrive et commence à vous poser des questions « tu fais quoi ? » et ensuite : « ah mais c’est super ce que tu fais ! wow, comme tu te donnes de la peine… trop bien la lettre… tu as même pensé à ça… dis donc , qu’est-ce que tu écris bien » Vous voyez ce que je veut dire, ça peut continuer à l’infini… même si vous étiez concentré dans votre écriture, une fois qu’on vous coupe, qu’on vous pose des questions et on vous parle c’est impossible de continuer. Faites le teste si vous ne me croyez pas.

Et cela est la plus grande erreur des parents : en voulant s’intéresser aux jeux des enfants, ils empêchent de se concentrer. Je vois ça tout le temps : l’enfant joue et tout d’un coup il y a un adulte qui vient s’intéresser à ce qu’il fait, discuter, poser des questions et faire des compliments. Je comprends bien la bonne volonté qui est derrière ce comportement, ça semble naturel de penser que cela va encourager l’enfant à jouer davantage, va le valoriser, va lui montrer qui c’est bien ce qu’il fait… Mais ça va casser le jeu de l’enfant et l’empêcher de continuer.

C’est quelque chose qu’on apprends très vite dans le métier d’éducateur : ne jamais déranger un enfant qui joue. C’est notre credo, notre enjeu principal, on dit ça tout le temps « ne faut pas couper les enfants dans leur jeu », « ah oui, on peut faire ça, mais c’est dommage de couper les enfants dans leur jeu » etc… le jeu est quelque chose de précieux, de construit, de fragile et très important pour le développement de l’enfant. Donc on le préserve, on le soigne, on le favorise. On interagit avec l’enfant seulement si la sollicitation vient de lui, parce qu’il veut partager sa création, son invention ou veut un partenaire pour jouer. Autrement, on reste en retrait et on observe. On apprend de ce qu’il fait. On essaye de comprendre comment il réfléchit, le processus qu’il a fait pour y arriver. On s’émerveille de ses progrès. En silence.

Le silence de l’adulte, sa non-intervention, sa capacité de juste être la et fournir la présence sécurisante nécessaire pour que le jeu puisse se construire est la plus beau cadeau qu’on puisse donner aux enfants. II faut prendre sur soi, trouver des moyens de ne pas s’ennuyer, résister à la tentation d’intervenir, d’aider, de commenter.



Comment faire, alors ?

Là vous vous dites surement que c’est bien joli ce que je dis, mais comment le faire concrètement ?

Alors, en vrai ça donne ça :

Vous offrez des jeux ou des activités aux enfants de façon explicite en leur proposant, ou implicite (en mettant le matériel à leur disposition). Vous vous placez physiquement à une place assez près de l’enfant, mais en retrait du jeu. Lorsqu’il a démarré son jeu, vous vous éloignez un peu pour que l’enfant puisse jouer tranquillement, mais vous restez dans son champ de vision. Et vous gardez le silence à part si l’enfant vous parle. Et si vous voulez vraiment encourager l’enfant, parlez de ce qu’il a fait, par la suite, à un autre adulte, en sa présence.

TOUT CE QU’ON DIT DE NOUS A PLUS D’IMPACT QUE CE QU’ON DIT à NOUS.



Nuance importante :

Je dois préciser que je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas jouer avec son enfant, au contraire.

Quand je parle de « couper l’enfant dans son jeu », cela veut dire lui parler, lui poser des question ou commenter son activité, sans avoir l’intention d’y participer.

Il est très important de jouer avec les enfants, à condition de respecter quelques critères :

· Si l’enfant est déjà en train de jouer, attendre qu’il nous sollicite.

· laisser l’enfant faire ses expériences. Par exemple, la première fois qu’on propose une activité bulles de savon, c’est presque sûr que l’enfant va renverser sans faire exprès. On le laisse donc se rendre compte seul de ce qu’il arrive avant de lui montrer comment faire pour ne plus renverser. Cela exige, évidement, de prévoir une réserve.

· Si on propose un jeu, s’assurer de ne pas trop diriger et orienter. On a vite tendance à recadrer l’enfant lorsqu’il utilise le matériel de façon différente à celle qu’on a prévu.



Le rôle de l’adulte :

Favoriser la concentration de l’enfant, développer sa créativité et son autonomie son des tâches complexes.

Le rôle de l’adulte consiste à créer le cadre le plus adéquat possible, par le choix de l’aménagement de l’espace de jeu, le matériel à disposition et le surtout par sa présence.

C’est très rare que les petits enfants soient capables de jouer seuls dans une pièce. Ils ont besoin d’avoir la présence sécurisante d’un adulte à proximité. Il faut penser que le simple fait de vous lever et quitter la pièce peut interrompre leur jeu, par le fait qu’ils vont vous chercher et vous solliciter de revenir.

Ce n’est pas facile au début de trouver la juste mesure, mais plus vous passerez du temps à observer les enfants jouer sans intervenir, plus vous apprendrez d’eux.

C’est cela qui va préserver leur capacité de concentration, qui va leur permettre de jouer en sécurité, avec tranquillité et longtemps.

Et voilà, je vous aie livré le plus grand secret des éducateurs : Le jeu appartient aux enfants, et à nous, appartient de les accompagner sans les déranger.

Conseil de lecture:



Un livre qui va aider à accompagner les enfants qui ont de la peine à se faire des amis et interagir avec les autres.

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